Kaiju , Colosse,Mecha : Que disent ces géants de nous ?

Depuis la sortie de Pacific Rim et le reboot de la saga Godzilla, tous deux orchestrés par le studio Legendary Pictures ( visiblement fan de monstres géants ) le genre du kaiju renaît de ses cendres. D’abord cantonné à la culture asiatique et surtout japonaise ( malgré des tentatives occidentales peu convaincantes ) , le genre du kaiju ega se démocratise et surtout s’universalise. Del Toro l’aura bien compris, ces récits plaisent grâce aux traits qu’ils relient entre l’immense et l’intime. Extension des personnages pour les uns ou coquilles émotionnelles pour les autres, les kaiju et les mecha apparaissent dans certaines œuvres comme le chaînon manquant entre le corps et le cœur.

Extension de soi

C’est un secret pour personne que le monstre crée par Ishiro Honda est en vérité une métaphore des retombés nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki. En tout cas dans son film originel, très politique , si politique qu »il sera censuré aux Etats-Unis ou plutôt remonté pour faire disparaître l’influence des essais nucléaires américains sur la création du monstre. Raymond Burr deviendra même le protagoniste principal du film ! Mais Honda n’a pas réalisé un film seulement politique, c’est aussi un pur film catastrophe à grand spectacle, une réussite technique éblouissante notamment grâce à la maîtrise des effets spéciaux d’Eiji Tsuburaya.

Les protagonistes du film se posent alors en observateur impuissant du désastre auquel ils sont confrontés, comme face à une catastrophe naturelle. Avec une sidération accentuée par le caractère surnaturel de la menace. Il n’y a pas ici de lien intime entre Godzilla et les personnages, si ce n’est un lien métaphorique et symbolique. Ce géant apparaît alors comme une excroissance du passé douloureux du Japon. Un passé ressassé , dissimulé , mais qui apparaît désormais aux yeux de tous et sous la forme la plus spectaculaire et vengeresse qui soit. Le Japon avait besoin de Godzilla pour dépasser ce traumatisme.

Cette idée du géant comme une excroissance des traumas d’un personnage on la retrouve tout d’abord dans le roman de Patrick Ness « Quelques minutes après minuit » et ensuite dans sa sublime adaptation de Juan Antonio Bayona. Dans ce récit, le géant est la représentation visuelle et imaginaire d’une vérité que le personnage principal n’arrive pas à s’avouer, il disparaîtra une fois qu’il acceptera cette vérité.

Autre exemple chez un autre réalisateur espagnol , Nacho Vigalondo avec le très attachant Colossal, dans lequel Anne Hathaway de retour dans sa ville natale à contrecœur avec un goût de défaite. Elle découvrira rapidement qu’elle entretient un lien particulier avec un kaiju à l’autre bout du monde ( en Corée ) , en effet, à chaque fois qu’elle se rend dans un parc, ce dernier apparaît et reproduit ces mouvements simultanément, avec souvent des conséquences désastreuses.

Elle découvrira ensuite que son ami d’enfance est lui en revanche lié à un mecha, elle devra alors tenter de l’empêcher de faire des dégâts irréparables tout en luttant contre son addiction à l’alcool. Ici, le kaiju comme le mecha ne sont que l’extension visuelle des addictions des personnages, de leurs angoisses et de leurs échecs.. Comme le précise Maxime Solito dans son excellente critique pour Rockyrama la manière de représenter les combats typiques du genre kaiju ( avec la lourdeur qu’impliquent les costumes de l’époque ) ressemblent justement à l’image que l’on se fait de deux ivrognes en train de lutter.

Ici l’énormité du Kaiju est un moyen pour le personnage de comprendre que ses actes ont des conséquences pour les gens autour d’elle, le parcours du personnage l’invitera à sortir de sa bulle. C’est notamment pour cela que le personnage de Jason Sudekis se présentera naturellement comme l’antagoniste du film de par son obstination à ne pas prendre en considération les autres et leurs sentiments.

Témoin du désastre

Les films mettant en scène des Kaiju auront toujours la difficulté de lier le destin de leurs personnages avec celui de leurs créatures, Gareth Edwards tentera de remédier à ce défaut récurrent en plaçant ses personnages au cœur d’un drame familial dans son adaptation de Godzilla. En résulte un film coupé en deux, tentant de lier le trauma d’une famille au chaos planétaire crée par Godzilla. Si le film se distingue par une mise en scène d’une inventivité rare, il est difficile de ressentir de l’empathie pour ces personnages humains, malgré l’implication notable des comédiens ( Cranston et Binoche en tête ). Sa suite, beaucoup moins subtile mais plus généreuse tentera de régler ce problème en donnant au personnage un moyen de riposter et surtout d’interagir avec les créatures. Sans cette possibilité de riposte ou de communication , les protagonistes de ce genre de film sont ainsi bien souvent cantonné à des rôles d’observateurs , Gareth Edwards encore lui accentuera ce sentiment dans le contemplatif Monsters. Dans ce film, les monstres servent de décorum dans un pays ravagé par la guerre que les personnages arpentent.

Parmi les rares réussites du genre Cloverfield réalisé par Matt Reeves se démarque par son écriture maligne qui réussi à impliquer le spectateur au destin de ces personnages. Grâce à des comédiens excellents certes, mais aussi et surtout grâce au dispositif de mise en scène utilisé. En effet il s’agit d’un found footage, un dispositif qui renforce l’attachement aux personnages, les rendant plus humains et donnant au spectateur le sentiment de faire partie de ce groupe témoin de l’apocalypse. En très peu de temps les dynamiques entre les personnages sont exposés et cela suffit pour nous attacher à eux. Citons aussi les dernières secondes du film , extrêmement poignantes et terrifiantes de réalisme.

La scène de l’anniversaire, un modèle d’écriture et de caractérisation.

l’heure de la riposte

. Diffusée pour la première fois en 1995, la série Neon Genesis Evangelion fut un véritable raz de marée de par sa manière originale de s’approprier le genre du mecha en y ajoutant un propos sur la dépression et le passage à l’age adulte. Si la série débute comme un récit de mecha classique avec au passage des moments de bravoure stupéfiants , la série deviendra de plus en plus introspective au fil des épisodes. Jusqu’à un point culminant lors de son épisode final, très décrié et qui consiste en une pure séquence d’introspection métaphysique et non pas sur une bataille finale avec les Anges, les antagonistes mystérieux de la série. De par ce choix radical, Hideaki Anno, le créateur de la série, insiste sur le fait que la véritable bataille qui se joue ici est une bataille spirituelle, qu’importe de battre les Anges, le plus important est de réconcilier avec soi-même. Anno étant en dépression durant la création de la série a apporté beaucoup de lui dans son travail.

Les Evangelion que les personnages pilotent ( tous des adolescents mal dans leur peau ) sont autant une carapace pour se protéger des Anges que pour se protéger des angoisses de la vie. Shinji le personnage principal de la série est un garçon dépressif et chétif, mais une fois au commandes d’un Evangelion il révèle tout son potentiel. Les Anges, créatures mystérieuses aux formes variées peuvent être perçus comme la représentation visuelle des angoisses de ces adolescents. De même , ce conflit où des adolescents sont envoyés pour combattre un ennemi surarmé illustre aussi le thème d’une jeunesse sacrifiée. Ici le mecha est vu comme une bulle dans laquelle les personnages s’enferment au lieu d’affronter leurs problèmes. Le double épisode final clôt l’arc narratif de Shini car il ose enfin affronter la vie , en quittant l’Evangelion il sort de son cocon et devient un adulte.

Evidemment, conclure une série possédant une mythologie aussi passionnante par un double épisode très intimiste fera débat, si bien qu’il faudra tourner une autre fin pour contenter les fans. La série a aussi dû faire face à d’énormes restrictions budgétaires pour sa seconde partie, ce qui forcera les animateurs à être encore plus créatifs et cela renforcera l’aspect expérimental de certains épisodes. Malgré cela Evangelion deviendra une oeuvre culte et inspirera notamment un certain réalisateur mexicain …

Del Toro étant un réalisateur obsédé par le contrôle total sur ces films depuis l’enfer vécu sur Mimic, Pacific Rim est pour lui un projet où il aura joui d’une liberté totale. A la fois pur film de kaiju et pur film de mecha, Pacific Rim est autant une réussite visuelle que narrative, On le savait depuis Blade 2 , Del Toro sais mettre en scène des scènes d’action avec inventivité et rigueur, pas de montage épileptique ici mais un gestion de l’espace grisante et des cadres rendant honneur à l’immensité des mecha. Chaque mouvement, chaque coup est filmés de manière toujours à lui donner le plus d’impact possible.

Narrativement enfin, le concept du pilotage dans Pacific Rim est particulier, compte tenu de l’immensité du robot, ils doivent être pilotés à deux et par le biais d’un lien neuronal profond pour accentuer la synchronicité des actions. Les pilotes partagent ainsi leurs souvenirs mais aussi leurs émotions, C’est ce qui rendra la scène d’ouverture particulièrement déchirante lorsque l’on réalise que Riley , en plus d’avoir assisté à la mort de son frère a aussi ressenti ce qu’il a lui même ressenti avant de mourir. Evangelion utilisait la figure du mecha pour parler d’accomplissement de soi, ici le mecha est un lieu de rencontre avec l’autre.

Riley après avoir perdu son frère , ne désire plus piloter de Jaegger , il ne désire tout simplement plus souffrir, il a tourné le dos au monde et à l’attachement aux autres. Accepter de piloter quelqu’un d’autre c’est accepter de laisser rentrer quelqu’un d’autre dans sa vie. Ce sera le cas lors de sa rencontre avec Mako, à travers leur duo c’est la rencontre de la culture occidentale ( Del Toro lui même souligne que les personnages marchent souvent comme des cowboys ) et de la culture asiatique. Ce qui est tout le projet du film, démocratiser et ouvrir à la culture occidentale un genre typiquement asiatique et qui n’a jamais vraiment réussi à s’imposer en Occident ( voir le traitement de Roland Emmerich sur Godzilla qui le transforme en un simple lézard géant ).

Riley et Mako s’ouvrant l’un avec l’autre en face du cœur de Gipsy Danger.

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