Control , le cauchemar des hommes

Alors qu’une nouvelle extension du jeu Control est disponible, faisant notamment le lien avec Alan Wake et nous permettant d’entrevoir l’univers étendu que le studio Remedy est en train de mettre en place, c’est l’occasion de revenir sur un jeu passionnant, pas exempts de défauts mais suffisamment original pour que l’on s’y attarde. Découvrons ensemble une certaine vision du cauchemar.

Le fantastique au quotidien

Control est indéniablement un jeu appartenant au genre du fantastique et dans sa définition la plus noble. Un genre qui se distingue par l’arrivée impromptue d’événements étranges qui viennent perturber une situation initiale familière et proche du quotidien. Paradoxalement c’est quand le fantastique décrit le quotidien avec justesse qu’il est le plus effrayant. C’est pour cette raison que le fantastique a dans son histoire, une longue liste d’objets du quotidien qui deviennent menaçants , mystérieux dès lors que le fantastique arrive. Un objet aussi simple qu’une télévision, une ampoule ou un grille pain peuvent devenir des figures horrifiques aussi traumatisantes qu’un revenant ou un vampire. C’est ce décalage entre cet objet familier dont nous connaissons l’utilité et que l’on ne remarque même plus et le contexte inédit dans lequel on le place. Passé à la moulinette du fantastique, il possède désormais une aura mystérieuse, un autre sens, un sens caché.

Cette vision du fantastique se retrouve dans le concept même de Control où des objets du quotidien ( un canard en plastique, un frigo, etc … ) se retrouvent possédés par des forces surnaturelles , ses forces ayant des effets divers sur ces objets et sur les personnes qui l’utilisent, ils doivent être confinés selon des conditions bien particulières.Ce concept est aussi tiré des fameux SCP, un rassemblement de creepypasta fondés sur le principe de l’écriture collaborative.L’originalité de ces creepypasta réside dans le format d’écriture utilisé, les textes prenant la forme de rapports scientifiques indiquant comment contenir le phénomène. C’est la mission du Bureau dans lequel l’intrigue du jeu se déroule. Ce fameux Bureau matérialisé dans un lieu appelé la Grande Maison, un lieu lui même surnaturel voir même conceptuel. Ici on retrouve une autre grande force du jeu, son rapport au mystère. Le Bureau n’est pas une institution connue et claire comme l’est le FBI dans la série X-Files par exemple, il s’agît surement de l’institution la plus secrète au monde, son bâtiment même caché aux yeux de tous, impossible à percevoir pour le commun des mortels.

Un frigo qui n’aime pas être ignoré.

L’ouverture du jeu cultive cette notion de mystère avec brio, quitte à décontenancer le joueur. On se retrouve dans un bâtiment vide et inquiétant, sans aucune information sur le personnage que l’on incarne, sur notre but et sur l’endroit où l’on se trouve. Seul un concierge nous donnera quelques informations au compte goutte. C’est lors de notre rencontre avec le personnage de Pope que des réponses seront données au joueur, dévoilant ainsi un univers extrêmement cohérent dont l’intérêt ne se délite pas au fur et à mesure qu’il se révèle. Beaucoup de récits jouant sur le mystère perdent en intérêt une fois le mystère dévoilé, ce n’est pas le cas de Control dont le concept même dévoilé possède encore en son sein un potentiel immense, quasi infini. De plus la structure même de  »The oldest House  » , lieu conceptuel en perpétuelle évolution, permet au jeu de se renouveler constamment en proposant des environnements fascinants et obsédants. Ici le travail autour de la direction artistique est éblouissant, réussissant à donner aux décors du jeu une impression d’infinité, d’immensité tout en les situant hors du temps.

Un des lieux obsédants parmi tant d’autres dans Control.

Control failure

Tout le sujet de Control existe dans son titre à savoir la notion de contrôle, une notion simple mais qui irrigue tout le jeu, de son intrigue jusqu’à son gameplay. Un gameplay dans lequel le personnage principal débloquera de nombreuses aptitudes au fil du jeu, devenant ainsi de plus en plus puissant. Tout l’enjeu de l’intrigue étant de reprendre le contrôle des lieux, contaminés par le Hiss une entité maléfique . Une contamination qui se manifeste par la possession des employés du Bureau, transformés en différents ennemis ayant des capacités variés et des points faibles qu’il faudra découvrir. Il faudra aussi reprendre le contrôle des lieux , en capturant des points de contrôle permettant de sauvegarder ou bien de se déplacer rapidement dans le bâtiment. Notre personnage est le seul capable de contrôler ces éléments, on croise ainsi beaucoup de personnages dépassés par les événements, dont la majorité sont des hommes.

Frederick Langston semble dépassé par les évènements.

Le jeu de Remedy est porté par plusieurs personnages féminins fort et complexes, mais surtout ce sont les seuls employés du Bureau qui gardent la tête froide, les hommes ( mis à part l’énigmatique Athi ) semblent soient dépassé par leur propre fonction et la situation soient possédés par le Hiss. Plus que de contrôler le Hiss , il faut aussi savoir résister aux tentations du pouvoir qu’il pourrait offrir. Une tentation auquel l’ancien directeur que notre protagoniste remplace, n’aura pas su résisté , attirant le Hiss dans l’enceinte du Bureau. Même chose pour le Dr Darling qui nous accompagne tout au long du jeu à travers plusieurs vidéos ( avec une esthétique proche des vidéos Dharma de Lost ) , au fil de ces vidéos on voit le personnage aller de l’excitation de ses découvertes à l’effroi , pour finir par regretter amèrement ses actes, conscient des conséquences malheureuses de sa soif de découverte. Le personnage de Pope ( qui remplace justement le professeur Darling durant l’épilogue ) semble justement plus raisonnée et surtout consciente des risques. Control illustre la défaite des hommes, avides de savoir et de pouvoir.

Mais alors, Control serait-il un jeu parfait ? Pas tout à fait malheureusement, la faute à plusieurs légers défauts qui gâchent malheureusement l’expérience et son concept même. Des défauts techniques dans un premier temps, lors de certaines séquences lorsque le nombre d’ennemis ainsi que les éléments en mouvements ( lorsque l’on utilise les pouvoirs de télékinésie du personnage ) se multiplient , le jeu à tendance à ralentir pour ne pas freezer complètement. Frustrant pour un jeu qui nous propose d’interagir avec de nombreux éléments du décor. De plus certains affrontements paraissent encore plus confus à cause de ce défaut. La difficulté aussi est parfois aléatoire et certains boss ( notamment ceux de certaines missions secondaires ) seront plus que difficile à battre sans avoir augmenté ses capacités au maximum et fais preuve de patience et de concentration.

Control se démarque par son originalité mais surtout par son amour débordant pour le fantastique qui transparaît à chaque instant, débordant de références réjouissantes ( notamment une émission pour enfants terrifiante piquée à la creepypasta de Candel Cove ) mais qui pourtant trouve sa propre voix. Une véritable oeuvre d’auteur qui n’a pas peur de déstabiliser son public.Peu d’œuvres réussissent à retranscrire aussi bien l’impression d’inquiétante étrangeté propre aux rêves et aux cauchemars, c’est le cas de Control ( et de Channel Zero notamment ). Dire que l’on a hâte de parcourir l’univers étendu de Remedy est un euphémisme. Combien de temps avant de rejouer à Alan Wake ?

Note : 4 sur 5.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s