X-files, retour sur un générique culte

Dire que la série X files crée par Chris Carter est une série culte est un euphémisme. Que ce soit le nom de Mulder et Scully ou bien des quelques notes de Mark Snow, ces éléments font parti de la culture populaire et sont immédiatement identifiables pour le grand public, et ce, même pour des générations n’ayant pas grandis avec la série. Si la série a su autant marquer son temps, c’est parce qu’elle a incarnée une véritable rupture dans l’histoire des séries télévisées. En proposant une narration feuilletonesque et aussi en rassemblant un noyau de fans concernés échangeant sur la série dans ce qui s’apparente aux prémisses d’Internet. Mais c’est aussi son lien avec la thématique de complot qui fera de la série X Files une référence dans l’histoire de la pop-culture, un lien qui s’affirme visuellement par toute une iconographie de la théorie du complot que la série va reprendre et démocratiser. Une iconographie présente dès son générique inoubliable.

Mystérieuse filiation

Si X-files aura influencé de nombreuses séries ( Lost , Fringe, etc … ), elle est aussi l’héritière de séries prestigieuses. Des séries comme la Quatrième Dimension de Rod Serling qui tout comme certains épisodes d’X Files ( ceux qui ne sont pas liées à la mythologie de la série ) proposent à chaque fois un nouveau concept fantastique ou tout simplement un nouveau monstre. La série de Rod Serling aura aussi su marquer le public grâce à un thème reconnaissable mais qui sera présent dans son générique que lors de la cinquième saison, le générique de la série étant changeant d’une saison à l’autre avec tout de même une constante : la voix de Rod Serling.

Cette ouverture se démarque des autres de par sa volonté de représenter visuellement les concepts qui parcourent la série. En premier lieu une porte qui symbolise l’entrée dans ce monde étrange, puis l’œil qui symbolise ici l’occultisme et le fantastique pure, suivi de la formule E =MC2 qui représente elle la science et plus précisément la science fiction. Ensuite un plan d’une marionnette en bois représente les personnages de la série bien souvent victimes d’un destin auxquelles ils ne peuvent échapper. Un dernier plan montre une horloge , représentant le temps qui défile d’une manière inhabituelle mais surtout situe ces épisodes hors du temps, celui de la quatrième dimension. Cette cohabitation du fantastique et de la science fiction( cohabitation au coeur de la dynamique Mulder/Scully ) sera aussi illustrée dans le générique de la série X-Files.

L’autre thématique forte de la série est évidemment celle de la conspiration, du mensonge institutionnel et de la suspicion. Des thèmes déjà présents dans la science-fiction notamment dans les années 50 où les récits d’envahisseurs servent de métaphore pour le communisme et dans les années 70 où les nombreux scandales politiques ( Watergate) ont accentué la défiance du peuple envers leur gouvernement. Une série cristallisera cette peur du communisme dans les années 50 , il s’agît des Envahisseurs créé par Larry Cohen. Cette série culte narre les aventures de David Vincent, un architecte qui découvre par hasard un soir des extraterrestres arrivant d’une soucoupe volante. Ayant une apparence humaine et le désir de coloniser la Terre, ils seront la menace que David Vincent cherchera à stopper durant toute la série. Mais surtout il devra tenter de convaincre ses semblables.

Si le générique des Envahisseurs partage avec celui de la Quatrième Dimension un thème mythique et reconnaissable, il est en revanche son opposé narratif. Soucieux de faire accepter son univers à un public tout juste familiarisé avec la science-fiction, le générique rappelle le principe et la prémisse de la série. Autre série paranoïaque, se déroulant cette fois-ci dans les années 80, V crée par Kenneth Johnson. Ici les aliens ne sont pas cachés parmi la population à l’instar des Envahisseurs , en revanche le mystère persiste autour de leurs intentions envers l’humanité. Si l’influence thématique est là, formellement le générique de V ne se démarque pas des autres génériques de cette décennie, mettant en valeur son cast à travers une musique entraînante. Rien qui préfigure l’aspect sérieux du récit et encore moins l’aspect politique.

Monster of the week

Les épisodes de la série X Files peuvent se répartir en deux catégories distinctes , les épisodes consacrés à la mythologie de la série en l’occurrence les extraterrestres et la conspiration autour d’eux, ces épisodes font avancer l’histoire principale, et les épisodes surnommés  » monster of the week » qui proposent comme son surnom l’indique, une menace différente à chaque épisode, que l’on ne recroisera pas dans la série mis à part quelques exceptions. C’est dans ces épisodes que l’influence de La quatrième dimension est la plus prégnante en proposant à chaque épisode une menace et souvent même, un concept fantastique ou scientifique différent. Fantôme, ordinateur malveillant, ver belliqueux, les menaces sont variés et convoquent des concepts tantôt fantastiques tantôt scientifiques. Pour illustrer cette ambivalence, le générique de la série utilise une iconographie convoquant à la fois l’ésotérisme et la science.

Tradition oblige dans les années 90, le générique a encore la mission de présenter les personnages principaux , mais ici, le générique détourne habilement cette mission avec un simple zoom sur un badge du FBI ce qui permet de présenter les personnages tout en conservant l’aspect sérieux et rigoureux de la série.

The truth is out there

L’autre thème majeur de la série et du générique c’est le complot et son iconographie qui est présente durant tout le générique. Tout d’abord en reprenant des images floues d’ovni, la série fait le choix de reprendre des images qui, si elles ne proviennent pas des milieux complotistes d’ufo, en reprennent le style. Plus tard dans le générique, alors qu’une ombre apparaît sur une vidéo provenant d’une caméra de surveillance ( encore une fois la vidéo est de mauvaise qualité ) , une phrase presque subliminale apparaît sur l’image, il ne s’agît pas du nom du créateur de la série ou du nom d’un producteur mais d’une toute autre phrase : Governement denies knowledge.

D’autres messages de défiance envers les institutions parcourent le générique, il se clôt d’ailleurs sur une phrase désormais culte  »The truth is out here » encourageant les spectateurs à chercher l’information et la vérité ailleurs qu’à travers des sources classiques et institutionnelles. Certains épisodes majeurs porteront même l’expression Trust no one comme phrase finale, renforçant la défiance des personnages et des spectateurs.

Enfin le nom du créateur apparaît sur un plan montrant un œil qui s’ouvre, une manière de dire au spectateur d’ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure et de chercher les réponses au delà des apparences. Ce symbole de l’œil sera d’ailleurs massivement repris dans les milieux complotistes, soit comme un symbole d’éveil ou bien au contraire, de surveillance. X Files n’a pas inventé les théories du complot, en revanche la série aura énormément démocratisée son iconographie et ses tropes. Une démocratisation qui arrivera en même temps que l’émergence d’Internet, des forums de discussion , des lieux où des années plus tard on verra fleurir de nombreuses théories du complot.

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