Space Opera : des humains dans les étoiles

Définir un genre n’est pas une chose aisée tant ce dernier est condamné à évoluer pour continuer à exister. Il évolue, devient plus mature ou plus enfantin, meurt et renaît sous une forme inédite, bien souvent plus moderne mais seulement pour un temps. Le Space-opera, sous-genre de la science fiction , n’échappe pas à la règle. Aujourd’hui nous allons revenir sur ce genre , sur sa diversité et sur les thématiques qui le soutiennent. En route vers l’infini et l’au delà.

On pourrait malgré tout tenter de définir simplement le space-opera en rassemblant les récits mettant en scènes des voyages dans l’espace sous la même bannière. Mais il n’est pas seulement question de voyage , le space-opera se définit aussi et surtout par l’écosystème existant entre les différentes destinations des voyageurs et bien souvent sur la confrontation ou la coopération de plusieurs mondes habités. Dès lors , le genre sera un exotique prétexte pour aborder des thématiques liées à la politique, à la colonisation, au racisme ou encore à l’écologie. Si le genre permet de découvrir d’autres mondes et d’autres cultures qui peuvent sembler dépaysantes, les conflits et les dérives de la nature humaine que l’on rencontrent sont elles bien familières. Mais d’abord, revenons sur les origines du genre.

Horse, soap and space

Le terme space opéra a en premier lieu eu une valeur péjorative, de par le mot opera on relia ce sous-genre à d’autres sous genres nommés horse opera ou encore le plus connu soap opera. Des sous genres qui se distinguent non pas par l’aspect opératique de leur mise en scène mais par leur écriture, une écriture enlevée, propice à de nombreux rebondissements plus qu’a un développement introspectif des personnages. L’écriture de ces sous-genres découle naturellement de l’écriture des sérials, eux mêmes héritiers de la littérature de gare. Ici donc le terme de space-opéra défini les récits reprenant ces tropes d’écritures ( proches du récit d’aventure) tout en les déplaçant dans l’espace. Space défini alors l’univers de la fiction et Opera le style d’écriture. Cette définition, légèrement surplombante est l’oeuvre de Wilson Tucker, un projectionniste auteur de nombreux fanzines dédiés notamment à la science-fiction et qui publiera d’ailleurs ce terme dans l’un d’eux en 1941.

Un roman de science-fiction écrit par Wilson Tucker.

Ce terme fera date malgré son caractère péjoratif, mais ces récits existaient bien avant qu’on leur donne un nom. Citons notamment le Cycle de Mars écrit par Edgar Rice Burroughs et mettant en scène le personnage de John Carter , un terrien se retrouvant sur Mars, planète habitée et doté d’un technologie avancée. Burroughs publiera plusieurs romans se déroulant dans cet univers, des romans regroupés par cycles, une dénomination que l’on retrouvera régulièrement dans la littérature de space-opera pour désigner une suite de livres se déroulant dans le même univers, de Dune à Hyperion. Il existe évidemment des récits antérieurs à ceux de Burroughs mettant en scènes des aventures se déroulant dans l’espace, citons par exemple le dyptique de Jules Verne racontant le voyage de la Terre à la Lune ou encore pour citer un autre auteur français, Micromégas de Voltaire, conte philosophique où un géant voyage de planète en planètes.

Fiction pulpeuse

Les débuts du space opera étant étroitement liés à la littérature pulp, ces récits ont notamment repris des thèmes liés aux récits d’aventures, aux récits de pirates ou encore au western. Ainsi seul le décor changeait mais les thématiques étaient bien souvent similaires , notamment celle de l’exploration et de la découverte de mondes inconnus. Les bateaux et corsaires étaient alors remplacés par des vaisseaux spatiaux et les océans par l’espace. Le résultat le plus éloquent de cette greffe est le personnage créé par Leiji Matsumoto en 1969 : Albator. Ici le lien avec l’univers de la piraterie est plus que souligné, Albator étant même surnommé le corsaire de l’espace et il est capitaine d’un vaisseau , l’Arcadia dont la poupe ressemble à celle d’un galion. Citons aussi la série Firefly créée par Josh Whedon qui est souvent définie comme un western de l’espace.

Le thème de l’exploration sera évidemment au cœur de nombreux récits de space opera, l’espace étant infini les possibilités le sont tout autant, il reste alors toujours quelque chose à découvrir. Ce sera notamment le leitmotiv de chaque épisode de Star Trek qui est introduit par cette phrase du Capitaine Kirk :

« Space, the final frontier. These are the voyages of the starship Enterprises. It’s five- year mission to explore strange new worlds, to seek out new life and new civilisations , to boldy go where no man has gone before « 

La Terre n’ayant plus de territoires inconnus à offrir ( à part quelques cités mythiques ) c’est désormais l’espace qui est le réceptacle parfait pour imaginer de nouveaux mondes. Cette vision exploratrice du space opera ça sera la profession de foi de l’univers Star Trek crée par Gene Rodgenberry, avec en prime un discours sociologique, mais nous y reviendrons plus tard. L’équipage de l’Enterprise n’est pas là pour conquérir des mondes, mais bien pour en découvrir de nouveau et percer les mystères de l’univers. La notion de territoire infini, on la retrouve notamment dans le jeu No man Sky qui propose au joueur de découvrir une multitude de planètes ( quasi infinies, mais générique ) à explorer, il faudra ensuite savoir exploiter les ressources plus ou moins riches de ces planètes et s’adapter à un environnement qui n’est pas fait pour l’homme. Ainsi le thème de l’exploration sera parfois accompagné de celui de la survie.

In space, no one can ear your scream

Découvrir l’inconnu c’est aussi faire des rencontres et parfois de mauvaises rencontres. Ce sera notamment le cas de l’équipage du Nostromo qui, après avoir reçu un appel de détresse et surtout après avoir été obligé selon leur contrat de porter secours, feront la rencontre d’une espèce alien particulièrement belliqueuse. S’en suivra une saga unique dans l’histoire du cinéma, portée pour ses quatre premiers opus par une vision singulière apportée par ses réalisateurs. A la différence des récits d’invasion extraterrestre , l’humain ne joue pas sur son terrain, mais bien souvent sur celui de son ennemi. L’ambition de Ridley Scott ( et de la talentueuse équipe créative derrière la création d’Alien ) était de mélanger le space opera avec le film d’horreur ou pour reprendre ses termes  » la rencontre entre 2001 l’odyssée de l’espace et de Massacre à la tronçonneuse « . Ce type de récit est bien évidemment antérieur au film de Ridley Scott , en témoigne notamment le film de Mario Bava : La planètes des vampires qui sera une grande inspiration pour Dan O’Bannon scénariste du film Alien, mais Alien se démarquera pas son esthétique et par sa créature fascinante et effroyable.

Au panthéon des mauvaises rencontres intergalactiques citons le trop souvent oublié Event Horizon réalisé par Paul WS Anderson , où un vaisseau s’aventure si loin dans l’infini qu’il se retrouve dans une dimension alternative chaotique , permettant au film de livrer des visions d’horreurs que n’aurait pas renié Clive Barker ou Lovecraft.

Autre espèce extraterrestre redoutable et terrifiante : les arachnides de Starship Troopers. D’abord issu d’un roman militariste de Robert A Heinlein, le film de Verhoeven ne reprendra du roman que son univers et ses personnages mais inversera totalement les thématiques du roman pour en faire un film anti-militariste qui critiquera ouvertement l’aspect propagandiste de l’armée américaine. Une nouvelle fois Verhoeven renverse totalement l’idéologie de son matériau de base comme ce fut le cas pour Robocop. Le film est ainsi entrecoupé de spot de propagandes en décalage total avec l’horreur de la guerre. Le film montre aussi les effets de cette propagande sur la jeunesse , cette dernière voyant l’armée comme seul moyen de se sentir digne et méritant quitte à perdre la vie. Certes les arachnides sont une véritable menace mais ils sont surtout l’excuse pour présenter un système de valeur complètement biaisé.

Suprématie

L’une des grandes forces du space opera c’est aussi sa capacité à imaginer des mondes où l’homme ne serait plus l’espèce dominante ni la plus développée technologiquement. Ainsi l’un des paramètres les plus importants à définir lors de la création d’un monde intergalactique c’est la place de l’homme. Dans la saga Mass Effect par exemple, l’humanité est la dernière espèce à avoir découvert les relais cosmodésiques, une technologie extraterrestre permettant de parcourir de grandes distances dans l’univers et ce, très rapidement. Ainsi les humains sont perçus par les autres espèces comme une espèce barbare et peu évoluée. Shepard , personnage principal du jeu sera alors perçu comme un porte étendard de l’espèce humaine et la perception de ses exploits mais aussi de ses échecs seront toujours biaisés par la vision de l’humanité que partagent les autres espèces. Dans le second opus de cette saga Shepard fait la rencontre de l’Homme trouble, qui se définit comme étant pro-humain et qui n’hésite pas à recourir au terrorisme pour soutenir la suprématie de l’homme dans la galaxie. Une idéologie qui n’est pas sans rappeler celle des groupuscules suprématistes blancs.

Evidemment l’intérêt majeur de la saga Mass Effect réside dans sa représentation de la diversité, en effet au fil de nos aventures, notre équipage rassemble des membres d’espèces différentes et au travers de nombreuses discussions et autres interactions ( plus ou moins proches ) on en apprend ainsi plus sur les spécificités de chaque culture. Le cri d’alarme de Sherpard à la fin du second opus face au conseil intergalactique est sans appel, sans unité c’est la mort.

Dans sa suite Mass Effect Andromeda, la place de l’homme est totalement différente, afin de pouvoir donner à ce récit des airs de soft-reboot, cette suite nous montre le destin d’une colonie qui voyage à l’autre bout de l’univers dans le but de découvrir de nouveaux mondes exploitables. L’homme ne supportant pas de ne pas être l’espèce prioritaire dans son univers, cherche alors un autre monde à conquérir pour assurer sa suprématie. Si certains personnages sont conscients de l’animosité qu’ont les autochtones envers eux, ce manque de recul face à une vision colonialiste du monde est parfois dérangeant. Cette colonie ne fuit pas un monde en guerre, ni une catastrophe écologique ou bien un régime oppressif, ils sont portés par la découverte et la possibilité de dominer un autre système, en somme la quête du Far West revisité. De même , si il existe une raison pragmatique pour recourir à la terraformation, elle témoigne malgré tout d’une vision ethnocentré de l’univers, qui devrait se conformer à notre mode de vie, culturel et physiologique.

Comme souvent avec les récits de science-fiction , les univers imaginaires que l’on nous présente sont en vérité simplement une vision déformée de notre société et les space opera ne dérogent pas à cette règle. Ces récits permettant ainsi d’imaginer plusieurs espèces avec leurs spécificités, les interactions entres ces dernières sont souvent une représentation de nos rapports sociaux et bien souvent, du traitement réservé aux minorités. Ces thématiques sociétales seront au coeur de la série originale Star Trek, qui présente un cast diversifié et qui restera célèbre pour avoir montré pour la première fois un baiser entre une actrice noire et un acteur blanc. Autre space-opera télévisuel mâtiné de réflexions politiques, citons ainsi la récente mais déjà passionnante série The Expanse qui utilise le genre pour mettre en scène un conflit géopolitique entre planètes mêlé avec une lutte des classes entre un Terre représentant la bourgeoisie, Mars le capitalisme et l’argent roi et Saturne la classe ouvrière.

L’écologie et la rapport des hommes à la nature sont aussi des thématiques très présentes dans le space opera, ainsi la recherche de ressources naturelles est bien souvent la raison pour laquelle des humains voyagent dans l’espace, bien souvent parce que celles de la Terre sont épuisées. C’est le cas dans Interstellar de Christopher Nolan où l’humanité semble condamnée à la famine à cause d’une terre mortifère. Ici l’humanité se voit accorder une seconde chance en colonisant d’autres planètes.La question des ressources est aussi présente dans Avatar de James Cameron , même si il ne s’agît pas de ressources prioritaires mais seulement d’un intérêt financier, c’est la question du rapport à la nature qui est en jeu, mais aussi des autochtones. Ici c’est bel et bien la découverte de l’Amérique et la ruée vers l’or qui est en jeu à travers ce space opera sublime et coloré.La question écologique est aussi au coeur du film Silent Runner réalisé par le génie des effets spéciaux Douglas Trumbull , dans ce film la Terre subit une déforestation critique , pour remédier à cela des serres sont installés dans un vaisseau spatial qui sillonne la galaxie en attendant que la Terre se répare.

May the force be with you

A l’opposé de ses considérations sociétales et politiques se trouve une saga et univers qu’il est impossible d’ignorer tant sa suprématie sur le genres est incontestable , autant pour les fans du genre que pour le grand public. Il s’agit de Star Wars bien évidemment, qui selon les propos de Lucas lors de la sortie du premier épisode , n’utilise pas le décorum de la science fiction pour son caractère métaphorique mais au contraire pour son aspect dépaysant et propice à l’aventure.Son inspiration principale étant les serials de Flash Gordon et Buck Rogers. Une profession de foi radicalement différente en ce qui concerne la prélogie qui aborde frontalement le passage d’une république démocratique à une dictature. Il y aurait évidemment beaucoup à dire sur cette saga qui est toujours en expansion d’ailleurs, beaucoup de choses qui ont déjà été dites dans un article en deux parties dédié exclusivement à cette saga, article dont vous pouvez retrouver la première partie ici et la seconde partie ici .

Il y aurait encore beaucoup à dire sur un genre aussi large et varié, évidemment de nombreuses oeuvres majeures manquent à l’appel ( Battlestar Galactica,Dune, ou encore les romans de Dan Simmons et autres sagas littéraires ) et il existe bien d’autres thématiques à explorer ce qui prouve bien que le space opera a su dépasser son caractère péjoratif pour devenir un genre florissant , brillant par sa variété et par sa capacité à se réinventer. Citons aussi des films qui ont su utiliser l’espace comme lieu propice à l’introspection métaphysique ( 2001 l’odyssée de l’espace ) . Mais pour conclure, arrêtons nous un instant sur ce qui est peut être la plus inventive et la plus complète vision du space opera, celle présentée dans cette institution qu’est Doctor Who. Cette série nous présente à chaque fois un univers infini, parfois fait de bric et de broc, qui alterne entre l’absurde, l’effrayant, le mélancolique et le merveilleux.Ainsi le spectateur ,tout comme l’acolyte du Docteur voyage au cœur d’une vaisseau  »bigger on the inside  ». C’est peut être ici que réside le cœur du genre, cette promesse de découvrir un monde plus grand que ce que nous pouvions imaginer, au plus près des étoiles.

Pour aller plus loin :

  • Une vidéo de Monsieur Bobine qui explicite les thématiques présentes dans Gravity d’Alfonso Cuaron.

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