Le boogeyman, une figure mythique de l’horreur

Le boogeyman ( ou croque mitaine en français ) semble nous avoir toujours accompagnés tant son origine semble difficile à établir. Elle remonterait ainsi jusqu’à la mythologie romaine où un brigand nommé Cacus s’amusait à terrifier des enfants pour finir tué par Héraclès. Un premier point majeur de la figure du boogeyman est défini par ses cibles de prédilection, les enfants. Car si les premiers récits mythologiques avaient une fonction explicative et moralisatrice du monde, c’est aussi le cas du boogeyman. Ce dernier a été crée pour effrayer les enfants en personnifiant les dangers du monde réel à travers un personnage imaginaire.

Le boogeyman aurait donc une fonction punitive, il viendrait ainsi pour punir les enfants qui n’auraient pas respectés certaines règles, à l’inverse par exemple de Saint Nicolas, qui trouvera son opposé avec le Père Fouettard. Si ce personnage traverse autant le temps et les frontières c’est qu’il permet d’appliquer une menace abstraite et surtout des définir des interdits et une manière de les faire respecter.

Car le boogeyman est partout, ou en tout cas ses variations. Croque mitaine en français, Baba Yaga en russe, ou encore El Coco en Espagne. Chaque variation apporte sa vision du boogeyman en le croisant avec le folklore de son pays voir même de sa région. Homme, femme, créature humanoïde plus ou moins surnaturel, ce qui rassemble tous ces personnages c’est la terreur qu’il transmet aux enfants, une peur quasiment institutionnalisé par les récits de leurs parents.

Evidemment, une telle figure trouvera une belle place dans l’histoire de l’horreur, malgré tout elle fera son apparition à un moment clé de l’histoire du cinéma d’horreur. Plus précisément en 1978.

En réalisant Halloween en 1978, John Carpenter invente pratiquement un genre: le slashler et surtout fait de son antagoniste , une réinvention moderne du mythe du boogeyman. La menace n’est désormais plus une créature ancestrale issue de la littérature comme l’est Dracula, ni un fantôme du passé . Michael Myers est un humain certes, Carpenter nous le montre même enfant dans une scène d’ouverture mythique, mais il passera le reste du film à le déshumaniser. Loomis parlant comme de l’incarnation du mal absolu et les enfants du quartier, habitués à entendre des récits de boogeyman verront en lui le fameux boogeyman venu punir les enfants pas sages. Myers , de par la mise en scène de Carpenter apparaît comme une force infatigable, dédié à la mise à mort.Une idée d’ailleurs reprise dans le sublime It Follows.

Mais ici la cible n’est plus les enfants, mais des adolescents, ainsi ( et peut être malgré lui ) le film de Carpenter sera perçu comme un film puritain, punissant les personnages par la mort bien souvent juste après que ces derniers aient eu un rapport sexuel. Ce trope sera repris dans de nombreux slashers des années 80, notamment Vendredi 13, un trope qui sera d’ailleurs moqué quelques décennies plus tard par Kevin Williamson dans Scream qui le détournera brillamment. Une nouvelle fois le boogeyman est utilisé pour définir les interdits d’une société et punir ceux qui dépassent ces interdits. Des interdits sûrement définis en réaction à la réaction sexuelle des années 70.

La figure du boogeyman reviendra en force dans les années 80, allant jusqu’à devenir un sous-genre en soi. Ici le tueur a bien souvent des pouvoirs surnaturels et son but n’est plus de punir les adolescents pour leur conduite, mais bien souvent , de se venger du passé. C’est notamment le cas de Freddy Krueger, personnage iconique et fascinant, tueur pédophile brûlé et tué par des parents en colère, qui revient sous la forme d’un être surnaturel qui tourmente les rêves des adolescents. Ces mêmes adolescents qui sont les enfants de ceux qui l’on tué. Dès lors, pour battre le boogeyman, il faudra pour ces personnages, se confronter à ses parents et découvrir la vérité. Le film de Wes Craven reprendra d’ailleurs le trope de la comptine chanté par les enfants , renforçant encore le lien entre Krueger et le boogeyman.

Cette résurgence du passé , on la retrouve aussi dans le génial Candyman réalisé par Bernard Rose et adapté d’une nouvelle de Clive Barker. Ici le boogeyman est encore une fois présent pour se venger du passé à la différence qu’il s’agît ici d’une injustice. Victime d’un crime raciste , son retour et ses crimes ne sont qu’une personnification des horreurs du passé. Barker reprenant d’ailleurs aussi des éléments de légendes urbaines liées au boogeyman avec le fait qu’il suffit de dire le nom de Candyman trois fois devant un miroir pour le faire apparaître.

Plus récemment le boogeyman a pris une forme différente, c’est notamment le cas dans Mister Badabook , excellent film de genre réalisé par Jennifer Kent où la figure du boogeyman est plus une illustration des angoisses et des troubles psychologiques d’un des personnages, qu’une véritable entité maléfique.

Plus récemment la figure du boogeyman a encore évolué, trouvant sa sources dans les creepypasta , ces légendes urbaines crées sur la toile.Le lien entre légendes urbaines et boogeyman étant très fort ( comptines, test du miroir ) ce n’est pas étonnant que l’une des dernières créations marquantes du genre vienne d’Internet. C’est notamment le cas du Slender-Man , véritable produit de son époque, crée sur un forum, popularisé par un jeu vidéo et une web-série il est d’ores et déjà devenu une figure de la culture populaire et il est toujours au centre des discussions des plus jeunes, cherchant toujours à se faire peur à travers ce rite de passage ancestral.

Pour aller plus loin :

Une vidéo de la très bonne chaîne  »Demoiselles d’horreur » dédiée au film Mister Badabook.

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