Star Wars 8 : The last jedi, le sens du sacrifice.

Bien des choses ont été écrites sur ce film , notamment sur ce site et plus particulièrement sur sa gestion de l’héritage de George Lucas ( ici notamment ) . Mais ce n’était pas suffisant, c’est pourquoi cet article revient sur The last jedi, en s’intéressant cette fois-ci moins aux questions d’héritage ( au cœur de la post-logie ) mais plus aux différentes thématiques qui organisent le film de Rian Johnson, à savoir, la notion de sacrifice et d’hérédité.

Revenir sur Star Wars 8 sous l’angle du sacrifice revient à se demander, mais de quoi parle les films Star Wars ? George Lucas en 1977, lors de la sortie d’ Un nouvel espoir donc, bottait en touche sur le sous-texte de son film, refusant les allégories bibliques et les allusions à la guerre du Vietnam ( pourtant présentes dans l’esprit de Lucas au début de la production ) . Sortant tout juste d’un tournage cauchemardesque, Lucas souhaitait seulement que son film sois divertissant, et il l’était assurément. Tout comme Star Wars 8 est un spectacle total, ce qui ne l’empêche pas de porter en son sein des thématiques propres à la saga et de les illustrer brillamment.

Malgré les dires de Lucas, toute oeuvre raconte à la fois un contexte, une époque et par la même une vision du monde, que ce soit conscient ou non. De même en racontant le combat d’un petit groupe rebelles, peu armé face à un empire nombreux et aux ressources illimitées, la trilogie originale traite et illustre ce thème de la rébellion, que la mission première sois le divertissement ou non. Rian Johnson lors de son processus d’écriture , s’est visiblement questionnés sur les thématiques liées au récit de rébellion. Sa réponse sera celle du sacrifice.

Cette question du sacrifice se trouve déjà dans la scène d’ouverture et sera tout au long du film, au cœur de l’arc narratif de Poe Dameron. C’est ce dernier, motivé par sa fougue et par sa volonté de détruire un destroyer impérial, qui encouragera les bombardiers à continuer leur mission , quitte à subir de nombreuses pertes. Ces pertes seront personnifiées par le personnage de Paige Tico, la sœur de Rose Tico. Son sacrifice sera montré de manière poignante, donnant lieu à une des plus belles scènes de mort de la saga. En choisissant de s’attarder sur ce personnage , Johnson fait mesurer au spectateur la portée de chaque acte, de chaque victoire apparente.

Le sacrifice de Paige.

Ces pertes seront l’enjeu central de la relation entre Poe Dameron et Leia, celle qui justement, mène ce combat depuis plusieurs décennies, celle même qui a assisté à la destruction de sa planète d’origine , Alderande. Au cœur de cette tension,se pose finalement la question de ce qu’il reste à sauver, quel est le plus important ? Ce questionnement pourrait être résumé plus simplement, est-il plus important de sauver des vies ou d’en enlever à son ennemi ? Rose fournira une réponse forte à cette question lors du final en empêchant Finn de se sacrifier pour détruire une machine mettant en péril la base rebelle.

Johnson émaillera son script de questionnements sur cette notion de sacrifice, aussi à travers le personnage du vice-amiral Holdo, interprété brillamment par Laura Dern. C’est cette dernière qui se sacrifiera en percutant la flotte impériale à vitesse lumière, ce qui permettra au reste des troupes rebelles de fuir. Une manœuvre que Poe mettra tout le film à comprendre, entre temps, il aura lancé une mutinerie pour stopper la vice-amiral Holdo.

Le sacrifice d’Holdo

Le sacrifice le plus marquant restera celui de Luke, qui usera de toutes ses forces pour confronter Kylo Ren , une nouvelle fois, le but n’est pas de détruire l’ennemi, mais bien de sauver des vies, d’ailleurs Luke ne portera pas le moindre coup sur Kylo. Il ne fera qu’attiser la rage de Kylo pour permettre aux rebelles de s’enfuir. Plus tard, Rey sera peiné en constatant le peu de survivants rebelles, il leur reste pourtant l’essentiel : l’espoir.

Parmi les nombreuses qualités de The last jedi, l’une des plus marquantes est sûrement la manière dont Johnson a su ajouter de l’ambivalence à certains éléments de l’univers Star Wars, sans jamais les trahir , bien au contraire. Une ambivalence déjà amorcée dans Rogue One où l’on hésitait pas à montrer certains rebelles faire preuve d’un pragmatisme froid, lorsqu’il s’agissait d’accomplir une mission ( notamment à travers le personnage de Cassian Andor ) . Cette ambivalence, on la retrouve à travers l’arc le plus critiqué du film, à savoir celui de Finn et de Rose. Ces derniers, à la recherche d’un hacker surdoué, se retrouve sur une planète casino , d’abord idéalisée par Finn, toujours en quête d’ailleurs , avant que Rose ne lui révèle la réalité des lieux.

Ce discours ambivalent il se poursuit à travers le personnage du faussaire, qui explique à Finn que la guerre profite justement aux individus présents dans le casino, principalement des vendeurs d’armes finançant autant l’empire que les rebelles. En donnant à voir un point de vue autre que la logique binaire empire/rebelles, Johnson ne trahit pas l’univers de Lucas , au contraire il l’enrichit tout simplement. Pour la première fois depuis de nombreuses années , l’univers de Star Wars semble être en expansion.

L’autre thème fort du film concerne la force et son caractère héréditaire notamment. La trilogie originale reprenant de nombreux thèmes forts liés aux mythes ancestraux, la notion d’hérédité était très présente, Johnson remuera tout ça avec brio. Même si ce sera contrarié par l’épisode suivant, Johnson, en annonçant que les parents de Rey ne descendent pas d’une grande lignée. De même , le plan final du film , dévoilant avec subtilité les pouvoirs du jeune esclave, affirme à nouveau le caractère universel de la force, qui touche toute la galaxie , même les plus faibles et les plus opprimés.

Ce discours nouveau sur la Force, il s’incarne aussi à travers les paroles de Luke, qui fustige l’ego des précédents jedi, en expliquant que la Force est partout autour des êtres vivants et qu’a aucun moment elle n’appartient au jedi, toujours dans une vision universelle de la Force. Il n’est plus nécessaire de descendre d’une grande lignée pour ressentir la Force, ni nécessaire d’être un Jedi.

Depuis le rachat de l’univers Star Wars par Disney, Rian Johnson semble être le seul à avoir apporté de nouvelles problématiques, encore une fois , sans trahison. Parmi les autres qualités du film, citons le soin apporté à sa réalisation, à ses cadrages , qui donne une ampleur à chaque plan du film, un joli contrepoint au style énergique d’Abrams. Citons malgré tout la séquence héroïque de Leia, qui , en plus d’être raté, semble être en contradiction avec le message du film. En espérant qu’il puisse continuer à renouveler cet univers dans une hypothétique nouvelle trilogie, dans cet univers lointain Rian Johnson est notre nouvel espoir.

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