La place des femmes dans le cinéma super-héroïque

La sortie en salles de Birds of Prey and the fabulous emancipation of Harley Quinn mettant pour la première fois en scène un groupe de  super-héroïnes avec en plus une réalisatrice aux commandes, semble être le bon moment pour revenir sur la place des femmes dans les productions super-héroïques. De la reporter aventureuse à la divine amazone, retour sur près d’une demi-décennie d’histoire héroïque , au féminin cette fois-ci. 

Demoiselle en détresse 

Avant de parler de super-héroïnes, les personnages féminins prennent souvent la fonction de love-interest pour le vaillant héros. A la fois faire valoir et source de motivation ultime, Lois Lane dans le Superman de Richard Donner est notamment la raison pour laquelle, fou de rage et de chagrin , Superman remonte le temps pour sauver cette dernière. Malgré cet aspect purement fonctionnel, la Lois Lane de Richard Donner est un personnage réussi, une journaliste ambitieuse , indépendante et dynamique qui lorsque Superman prend les traits de Clark Kent, se révèle extrêmement impressionnante. Une indépendance qui s’étiole malheureusement au fil des intrigues, source de motivation ultime pour le héros comme évoqué plus tôt, l’attachement que ce dernier ressent pour elle peut parfois s’apparenter à une prison mentale pour le personnage, en témoigne notamment l’utilisation de Lois Lane dans le récent Justice League où elle intervient en dernier recours pour calmer l’être le plus puissant de l’univers. Cette vision du personnage féminin comme garde-fou du puissant héros sera très intelligement reprise par Alan Moore dans Watchmen où le personnage de Laurie Juspeczyk ( Spectre soyeux ) est retenue implicitement par le gouvernement pour garder le Dr Manhattan sous contrôle, elle devient alors responsables de ses sautes d’humeurs aux conséquences catastrophiques. Ici la question de la charge mentale n’est pas loin.

giphy

Il existera bien d’autres itérations du love interest pour nos héros en collants, le Spider-Man de Sam Raimi  ( lui même une actualisation du Superman de Richard Donner ) reprendra cette formule. Au delà de l’aspect sentimental, le personnage féminin pour le super-héros est aussi la personnification d’une vie rêvée ou le héros n’aurait plus de pouvoirs et donc plus de responsabilités. Ce dernier devra alors mentir  ou plutôt se mentir en charmant le personnage féminin à travers son alter-ego, créant une relation  proche du fantasme, ou bien renoncer comme c’est le cas pour Bruce Wayne à la fin de Batman Begins qui refuse les avances de Rachel Dawes , jugeant son train de vie nocturne incompatible avec une relation amoureuse. Les personnages féminins incarnent alors cette promesse d’ailleurs, de stabilité, d’une vie nouvelle loin des tracas des super-vilains.

01f7070ee100e6aa7c87d0f2bdf0c482

Ainsi l’acceptation du héros de sa propre double identité passera par l’acceptation par son love-interest de cette même dualité. Dans le sublime ( on ne le répétera jamais assez) Spider-man 2 de Sam Raimi ,Peter Parker ne désire plus être Spider-man car il voit l’impossibilité d’accéder au bonheur tant qu’il porte le masque, c’est pourtant lorsque Mary Jane sera en danger de mort ( comme dans tous les climax de cette saga ) que ses pouvoirs reviendront. Finalement Mary Jane accepte la dualité de Peter Parker, non sans peine et amertume comme l’exprime magnifiquement le plan final du film.

Sans titre

 

Supergirl 

Les films mettant en scène dans le rôle principal, une super-héroïne mettront du temps à arriver sur nos écrans, ils mettront encore plus de temps à être bons, voir même regardables. La première tentative est mise en boite par un vétéran de la série B Jeannot Swarc et il s’agît de Supergirl , tout bonnement la cousine de Superman. Ainsi dans un premier temps il s’agira d’adapter des personnages secondaires d’un univers où le personnage principal est un homme, ce sera notamment le cas pour l’affreux Catwoman réalisé par Pitoff. Les femmes ne disposent pas encore d’un univers propre à elles, et bien souvent on aposera à ses personnages des considérations qui n’ont rien d’héroiques. C’est notamment le cas pour Ma super-ex avec Uma Thurman où le film de super-héros se mêle  à la comédie romantique. Les super-héroïnes sont ainsi régulièrement confrontés à des obligations de femmes au foyer, c’est notamment le cas dans le pourtant très bon Hancock où Charlize Theron a délaissé ses pouvoirs de déesse de la nuit des temps pour filer le parfait amour avec Jason Bateman, soit.

Citons malgré tout l’exception qui confirme la règle, dans le chef d’oeuvre de Tim Burton Batman le défi , Michelle Pfeiffer incarne une Selena Kyle puis une Catwoman vénéneuse,  complexe, forte  et insaisissable. Elle n’est jamais le faire valoir de Bruce Wayne, bien au contraire, elle ne cesse de faire vaciller le personnage, lui et toutes ses convictions. Ne suivant que ses propres désirs et ne rejoignant aucun camp, le personnage suis sa propre voie et trouve son indépendance dans une zone grise, quelque part entre l’alliée et l’antagoniste parfait, bien plus intéressant qu’un love-interest en somme.

source

Hyper-sexualisation 

Un autre aspect contestable concernant les personnages féminins réside dans leur sexualisation, parfois outrancière.On le sait les comics ont comme coutume de représenter des corps surhumains, aux formes généreuses pour les personnages féminins  et aux muscles irréels pour les personnages masculins. Néanmoins ces derniers ont hérité d’un traitement beaucoup moins sexualisés en ce qui concerne leurs tenues notamment, certes certains costumes sont évidemment aussi conçu pour mettre en valeur leur plastique musclée, à une différence près : ils sont fonctionnels.Ils sont adaptés aux pouvoirs et aux capacités du héros et le costume existe même parfois pour légitimer la puissance du héros en faisant notamment office de protection supplémentaire.

Les costumes des personnages féminins répondent à d’autres prérogatives, le but n’est pas qu’il sois crédible au yeux du spectateur mais simplement qu’il puisse mettre en valeur au maximum la plastique de l’actrice qui l’incarne sans jamais se soucier de la cohérence du costume ou de la crédibilité de son utilisation dans la diégèse de l’héroïne ( les fameux talons aiguilles de Catwoman ..)On parle alors ici de male-gaze, une manière de représenter le corps féminin sous un regard masculin et surtout censé plaire à ce dernier, une manière de représenter les corps que l’on retrouve toujours, notons par exemple Wonder Woman qui, même si il est réalisé par une femme, coche toutes les cases du male gaze en mettant en scène son héroïne en tenue légère dans les tranchées.

18376391.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

Il suffit de voir la différence de traitement du personnage d’Harley Quinn entre un film réalisé par un homme ( Suicide Squad ) et le dernier en date, réalisée par une femme , où Margot Robbie officiant désormais en tant que productrice se réapproprie totalement le personnage , thématiquement certes mais surtout visuellement en commençant par sa tenue qui , étrangement, n’a pas plu à tout le monde, certains commentaires reprochant au film de rendre ses personnages moins attirants , ce qui prouve bien que les attentes concernant un film mettant en scène des super-héroïnes sont différentes, elle doivent être attirantes et pour certains , c’est même le but principal.  Et pourtant, le film n’a jamais l’intention d’enlaidir ses actrices, le costume d’Huntress n’est pas moins sexy , il est simplement fonctionnel, il est crédible par rapport aux capacités du personnages, comme le serait le costume d’Hawkeye.

huntress-poster-683x1024

Le poisson hors de l’eau

Deux films mettant en scène des héroïnes ont utilisé un procédé scénaristique très commun, celui du poisson hors de l’eau, il s’agît simplement de plonger un personnage dans un environnement dont il ne connait pas les règles ni les codes sociaux, les conséquences de son ignorance donnant souvent lieu à des situations comiques si le spectateur connait les règles de cet univers, ainsi il se place dans une position surplombante par rapport au personnage. A noter que lorsque le spectateur ne connaît pas ce nouvel environnement, ce procédé est utilisé au contraire pour favoriser l’identification au personnage qui le découvre en même temps que lui. Ces films sont Wonder Woman réalisée par Patty Jenkins et Captain Marvel réalisé par Anna Boden et Ryan Fleck. Si le procédé est similaire, l’exécution elle , est tout à fait différente.

 Dans Wonder Woman, la puissance du personnage et son caractère mythologique est sans cesse contrebalancé par l’aspect naïf du personnage qui tourne quasiment chacune de ses prises de parole ( et donc d’initiatives ) au ridicule. C’est le personnage de Steve Trevor qui lui explique les règles de ce nouvel univers. Dans Captain Marvel  au contraire, le personnage de Carol Danvers s’adapte très rapidement  à son nouvel environnement et ce, quasiment sans l’aide de personne, la relation amicale qu’elle entretient avec Nick Fury est d’ailleurs admirable dans son écriture tant elle échappe à tous les pièges possibles, pas de blague graveleuse, aucune référence au genre de Carol Danvers d’une manière positive ou négative, Fury voit Carol Danvers comme une partenaire , comme une guerrière, pour ce qu’elle est tout simplement.

Film féministe ?

Dans un environnement culturel où les films mettant en scène des héroïnes comme protagoniste principaux sont rares, chaque film le faisant se voit apposer sur lui un discours , bien souvent féministe, ce qui n’est finalement pas toujours le cas ( Wonder Woman ) . Mais alors que serait un film d’action féministe ? Captain Marvel, à travers son intrigue propose un début de réponse, en faisant de l’arc narratif de son personnage principal , une métaphore de le l’émancipation du personnage face au patriarcat. Reprenons, tout le long du film le personnage de Carol Danvers est sans cesse rabaissé par les siens, rabaissée et voir même muselée, la seule véritable faiblesse que le personnage a est finalement d’avoir intériorisé toutes ces critiques constantes et par la même son véritable pouvoir surpuissant. L’une des nombreuses conséquences néfastes du patriarcat réside dans le manque de confiance qu’il crée chez les femmes, on rapporte notamment qu’elle osent moins demander une augmentation par exemple. Le véritable antagoniste du film Captain Marvel est finalement la prison mentale dans laquelle elle a été enfermée , notamment sous la pression de Yon-Rogg ( Jude Law ). Remarquons d’ailleurs à quel point il n’y a finalement pas d’antagoniste dans le climax du film tant Captain Marvel est surpuissante. Et lorsque Yon-Rogg propose à Captain Marvel un combat sans pouvoirs, son refus n’est pas simplement un rappel du gag visuel entre Loki et Hulk dans le premier Avengers, loin de là. Ce refus symbolise son émancipation vis à vis de la validation de sa condition et de sa véritable force par un homme, elle n’a rien à prouver.

giphy (3)

L’aspect féministe d’un récit d’action réside autant dans sa représentation des corps féminins et des rapports hommes-femmes qu’il met en scène mais aussi et surtout dans ses thématiques. Des thématiques d’émancipation bien souvent car , étant dominé par le patriarcat, l’émancipation devient une thématique féministe, c’est notamment le cas pour Harley Quinn son dernier film, où tout son arc narratif s’oriente autour de sa quête d’indépendance face à un homme dont la présence est omniprésente partout dans l’espace public. En effet le nom du Joker est énormément cité durant la première heure du film, avant de disparaître petit à petit, au fur et à mesure qu’Harley Quinn prend de l’assurance.

Cette volonté de proposer des thématiques nouvelles au cœur de ces récits d’action, sont aussi une réponses aux récits calibrés réservés aux personnages masculins, ces derniers découlant notamment du fameux voyage du héros théorisé par Joseph Campbell, qui reprend et synthétise plusieurs siècles de récits mettant en scène des hommes et surtout , écrits par des hommes. C’est notamment tout l’objet d’une tribune écrite par Brit Marling , créatrice de la série The OA dans le New- York Times où elle exprime son refus de se conformer à des rôles répondants finalement à des codes masculins. Des codes qui découlent justement de ce fameux voyage du héros, d’une conception masculine de la narration , peut-être alors que pour s’émanciper du patriarcat, il faut commencer par s’émanciper des mythes qui le soutiennent.

Pour aller plus loin :

La tribune de Brit Marling.

Un épisode du podcast Actioner dédié aux héroïnes d’actions.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s