Comment conclure une trilogie ?

L’accueil contrasté reçu par le dernier épisode de la récente trilogie Star Wars prouve une nouvelle fois qu’il semble toujours aussi compliqué de conclure une trilogie en satisfaisant les diverses attentes des fans. Sans défendre aveuglément ce dernier film, l’idée ici sera plutôt de se demander pourquoi, comme le précise Jean Grey dans X-men Apocalypse, le troisième épisode d’une saga est souvent le plus mauvais et par extension : comment conclure une trilogie ?

Ouvrir des portes …

Si la trilogie semble être la structure la plus répandue en ce qui concerne les sagas , c’est qu’elle reprend une structure narrative classique , a savoir , un début, un milieu et une fin. Chacun de ces trois mouvements ont des missions différentes, le premier opus d’une saga est censé présenter l’univers dans lequel il se déroule ainsi que les règles qui soutiennent cet univers, présenter les personnages, leurs enjeux ainsi que les enjeux  des antagonistes. C’est notamment la mission réussie avec brio par Matrix premier du nom, qui établit les règles de son univers, avec des protagonistes ( la rébellion menée par Morpheus ) et des antagonistes ( les machines personnifiée par l’agent Smith ) ainsi qu’un fil rouge ( la prophétie ) .

Vient alors le second mouvement qui, bien souvent , remet totalement en question tout ce qui a été établi dans l’opus précédent, une manière d’écrire les suites popularisé par l’empire contre attaque, opus certes le plus sombre de la saga , mais qui surtout s’offrait le luxe de casser la dynamique de groupe établie auparavant et de remettre en cause les certitudes des personnages principaux. Si le premier épisode d’une trilogie est celui de tous les possibles ( voir par exemple les nombreuses pistes lancées par Le réveil de la force ) , le second est celui qui se permet tout, quitte à froisser quelques spectateurs. C’est là où l’on teste les limites des protagonistes, en les séparant du groupe ( Les gardiens de la galaxie 2 reprend cette formule en divisant le groupe en différent binômes ) , c’est aussi là que le spectateur se rend compte que rien n’est acquis.

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Les croyances des protagonistes sont aussi mises à rude épreuves, dans l’empire contre attaque , Luke découvre que Dark Vador est son père, un twist qui renverse totalement la relation protagoniste-antagoniste de l’épisode précédent, dans Matrix Reloaded c’est toute la prophétie elle même qui est remise en cause, cette prophétie qui était censée organiser le déroulement de l’intrigue de la trilogie. Le spectateur n’a désormais plus aucune certitude et à ce moment du récit, tout est encore possible, même la défaite des protagonistes ou leur basculement vers l’antagonisme ( Rey dans Star Wars 8 ). Dès lors, le second opus d’une trilogie, du fait de sa liberté, apparaît souvent comme étant le plus audacieux car il n’hésite pas à casser le moule du film précédent, un moule que le dernier film doit cependant reconstituer pour conclure son intrigue.

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et en refermer d’autres

Une des raisons qui pourrait expliquer le rejet de certains spectateurs envers l’opus final d’une trilogie, se situe peut-être dans sa structure même, qui est ainsi forcé de conclure toutes les intrigues amorcés précédemment en suivant un chemin parmi d’autres. Dès lors, certains spectateurs peuvent se sentir floués par la direction choisie, mais gardons tout de même à l’esprit qu’il est plus facile de casser le moule que de le reconstituer dans une forme satisfaisante. Cette forme satisfaisante apparaîtra comme telle si elle se révèle cohérente vis à vis du reste de la saga et des enjeux annoncés à son début.

Et si le second épisode est bien souvent celui de la dissolution, le dernier est définitivement celui de la réunion. Les personnages se rassemblent tous pour un dernier combat, qui doit évidemment être le plus massif en termes d’enjeux et donc en termes de menaces. C’est aussi pour cette raison qu’il peut apparaître comme étant le plus lisse et le plus mécanique dans son écriture, l’audace disparaissant au profit du spectacle total, le bouquet final c’est notamment ce que l’on reprochera à Matrix Revolutions qui malgré son dernier acte spectaculaire en tout point, apparaîtra comme plus convenu par rapport aux prises de risques des opus précédents ( la discussion passionnante entre Neo et l’architecte qui donne au climax un aspect anti-spectaculaire très novateur ) . Ce dernier opus se doit aussi de raccrocher son intrigue au premier opus, afin de donner un semblant d’unité à la trilogie, c’est notamment le cas de The dark knight rises qui raccroche son intrigue à Batman Begins, parfois maladroitement. Pour cela apparaît souvent la figure du puppet master, une entité ou un personnage qui tire les ficelles depuis le début et bien souvent responsables de tous les maux des protagonistes. C’est notamment le cas pour Scream 3 ou encore plus récemment pour The rise of Skywalker, un procédé dont l’efficacité est bien souvent discutable mais qui a le mérite d’offrir un récit une impression d’unité.

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Bien sûr certains épisodes finaux apparaissent comme décevants en raison de leur production parfois chaotique, Spiderman 3 de Sam Raimi par exemple si il offre un spectacle vertigineux ,il pêche en revanche par son écriture, une écriture empêchée par des choix imposés par le studio. Il apparaît donc comme évident que si l’une des règles pour réussir une trilogie est sa cohérence, il est plus simple qu’elle soit entre les mains de créateurs disposant d’une vision d’ensemble de l’oeuvre et d’une liberté totale. Ce sera notamment le cas pour Peter Jackson pour Le seigneur des anneaux qui préférera filmer chaque épisode à la suite de l’autre dans un unique tournage massif, ce qui, assoit encore plus la cohérence esthétique et thématique de l’oeuvre.

C’est d’ailleurs presque indécent de constater à quel point Le retour du roi est une réussite totale, rare sont les sagas arrivant à véritablement garder le meilleur pour la fin. Réussissant à garder la plus grande bataille pour la fin, sans jamais frustrer le spectateur ( la bataille du gouffre de Helm étant déjà un énorme morceau de bravoure cinématographique ) , Le retour du roi profite surtout d’une mise en place parfaite grâce aux Deux tours qui se mue ici en parfait film de transition. Et c’est peut être ici que tout se joue, Les deux tours n’apparaît pas comme la plus audacieuse des suites, si le groupe est bel et bien séparé dès la fin de la communauté de l’anneau, la véritable remise en question des personnages apparaît surtout dans Le retour du roi où la menace d’un retournement de Frodon est plus que jamais présente. Ici c’est plutôt le second mouvement de la trilogie qui apparaît comme le plus mécanique, certains diront même qu’il n’existe que pour préparer le terrain pour le final, et quel final…

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Mais cet exemple qui fait presque office d’anomalie tant il est parfait, existe de par la volonté de donner  à l’oeuvre un aspect global où il est plus question de chapitre que de véritable suite. Certaines autres trilogies réussissent à exister sans cet aspect en proposant plutôt des thèmes différents pour chaque opus. C’est notamment le cas de la trilogie Incassable réalisée par M.Night Shyamalan qui propose à chaque film , un exploration d’un genre différent , le drame réaliste pour Incassable , le thriller pour Split et le huit-clos hospitalier pour Glass. Ce qui donne à cette saga un coté protéiforme rafraîchissant là où l’on cherche à tout prix la cohérence et l’unicité dans les blockbusters actuels. Malgré tout Glass reprend aussi des codes de l’épisode final d’une trilogie, de par la réunion de tous les personnages et de par sa volonté de lier tous ses mêmes personnages au sein d’une même intrigue. Mais plutôt que de proposer des enjeux toujours plus grands , cette saga a finalement proposé à chaque épisode des variations du même thème, celui de la foi. La foi en soi dans Incassable, la foi en l’autre dans Split et enfin la foi en l’extraordinaire dans Glass.

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En définitive, le but de cet article n’est pas de demander au public plus de clémence envers ces films conclusifs, mais plutôt de comprendre la place qu’ils occupent au sein de ces sagas, une place bien souvent bâtarde car forcée de faire les bons choix et de tenir les promesses faites auparavant. Tout en espérant que les créateurs disposeront à l’avenir de plus de latitude pour conclure leurs histoires, au risque de gâcher des sagas qui étaient  pourtant si bien partie. On remarque aussi que les trilogies réfléchies en amont sont aussi celles qui offrent des fins satisfaisantes. N’oublions pas enfin  que  ce qui compte ce n’est pas la destination mais le voyage.

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